
La Communauté Burundaise de Belgique et des environs ont commémoré le 06 avril 2013, en souvenir du Président Cyprien Ntaryamira et des ministres Bernard Ciza et Cyriaque Simbizi. On notera la présence de l'épouse du Président Ntaryamira et de ses trois enfants.
L'Abbé Emile MBAZUMUTIMA, dans son homélie est revenu sur les grandes qualités de cet homme d'Etat qui sont entre autre la sagesse et l'amour du travail, malgré son jeune âge. Vous traouverez ci-dessus la totalité de son homélie :
Nous sommes rassemblés en ce 6 avril 2013, pour célébrer une eucharistie en mémoire de notre Président Cyprien Ntaryamira. Célébrer une eucharistie, c’est faire une action de grâce ; c’est dire à Dieu : merci de nous (les Burnundais) avoir donné comme président Cyprien Ntaryamira. Pour la famille, c’étaitt plus qu’un président : c’était un enfant (par rapport à ses parents), un mari, un papa, un frère ; et pour d’autres, un ami également.
Par l’eucharistie, Jésus pourvoit à notre faim et notre soif spirituelles. Par la parole que nous écoutons et que nous méditons, nous sommes rappelés à ce qui fait notre identité d’enfants de Dieu.
Je voudrais axer cette méditation sur quatre thèmes : la foi, l’amour, la sagesse et le pardon.
Les textes que nous venons d’écouter nous rappellent que la vie ne finit pas avec la mort. S’il en était ainsi, si notre foi était celle-là, nous ne serions pas ici, nous ne nous serions pas rassemblés pour prier, ça n’aurait pas de sens.
C’est parce que nous croyons, c’est parce que nous espérons que les morts ressusciteront comme Jésus est ressuscité, que nous continuons à recommander au Père ceux que nous aimons.
Cela ne va pas de soi. Je vois parfois qu’au moment de décès, tout le monde ne se bouscule pas pour demander une eucharistie pour leur défunt. Il y a même parfois ceux qui le font, non pas parce qu’ils croient en la résurrection, mais juste pour respecter la volonté du défunt.
L’apôtre Thomas qui avait pourtant cheminé avec Jésus pendant trois ans lui demandait où il allait partir. Et Jésus lui répond : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi ».
Les circonstances de la mort du Président Cyprien Ntaryamira nous rappellent que notre pays, comme notre voisin le Rwanda ont failli à l’amour.
Nos pays comptent beaucoup de chrétiens, mais on peut parfois se poser des questions, si nous connaissons vraiment ce qui fait notre identité chrétienne. Si nous étions des païens, nous pourrions justifier nos actes barbares ou de vengeance au nom de nos valeurs païennes (ce n’est même pas sûr qu’ils agiraient ainsi). Le cinquième commandement ne nous dit-il pas : tu ne tueras point ?
C’est l’égoïsme, il me semble, qui nous a poussé aux conflits politiques. C’est l’égoïsme qui nous a amené à nous entretuer. Nous n’avons pas laissé de place à l’autre, nous avons cherché à occuper tout l’espace politique au nom de nos ethnies, au nom de nos clans politiques. Le Président Cyprien Ntaryamira a trouvé la mort dans des heurts politiques entre les Hutu et les tutsi du Rwanda. Ces mêmes conflits ont miné le Burundi et ne sont pas encore terminés.
Pourquoi tout cela ? Parce que nous avons manqué de sagesse.
La sagesse est d’abord un savoir, une intelligence qui aide à faire la part des choses, à distinguer ce qui est bon de ce qui ne l’est pas ; ce qui est juste de ce qui est injuste. La sagesse nous dit ensuite que nous devons choisir ce qui est juste, ce qui est bon. Elle nous invite à être raisonnables, elle nous amène à respecter la vie et les biens des autres.
Nous avons aussi failli, parce que nous n’avons pas su pardonner.
Un proverbe de notre sagesse nous dit que « la vengeance sans fin extermine la famille ».
Il y a longtemps que nous sommes dans cette spirale de vengeance, il est grand temps que nous songions à arrêter.
Notre Président Cyprien Ntaryamira nous a laissé des valeurs que nous ne devons pas oublier. Je vais souligner quelques-unes parce que nous ne pouvons pas les énumérer toutes et nous les connaissons pas toutes non plus.
Le Président Cyprien Ntaryamira avait un amour patriotique. S’il a accepté de devenir président, après l’assassinat de son prédécesseur le Président Melchior Ndadaye, ce n’est pas parce qu’il avait soif du pouvoir. Il y avait plutôt de quoi être effrayé, il y avait beaucoup de raisons de s’enfuir plutôt que d’accepter une telle fonction à cette époque. C’est parce qu’il avait un sens du devoir qu’il a accepté d’essayer, autant qu’il pouvait, de redresser son pays.
Le Président Cyprien Ntaryamira avait remarqué ce qui n’allait pas. Il y avait une crise d’autorité un peu partout, il y avait un laisser-aller généralisé. C’est pour cela qu’il en a appelé à la discipline : la discipline à l’école, la discipline dans la magistrature, dans l’armée, dans les partis politiques, dans les églises, etc. Il en appelait à la sagesse de tous, à la tempérance, à la modération ; à la justice.
Ce qui a miné le Burundi et qui continue en quelque sorte, c’est l’égoïsme comme je l’ai dit plus haut, mais aussi la paresse. Celle-ci engendre la pauvreté, qui engendre à son tour le besoin et puis encore l’égoïsme et la boucle est bouclée.
On ne souligne pas souvent qu’avant que le Président Cyprien Ntaryamira soit président, que c’était un grand travailleur. L’ambassadeur Kavakure Laurent faisait remarquer, dans son discours de souvenir de sa mort en 2010, qu’il était un « bulldozer au travail ». Nous avons besoin d’hommes et de femmes bulldozer au Burundi pour vaincre la pauvreté.
Un autre fait, anecdotique, mais non moins important au niveau de la valeur d’une personne, c’est qu’il avait arrêté le cortège présidentiel pour prendre en autostop un ami qui marchait à pieds sur une route de la ville de Bujumbura. Le Président Cyprien Ntaryamira avait non seulement un amour patriotique, mais aussi le sens de l’amitié qui fait de tout homme un vrai humain.
Que cette célébration-commémoration soit un moment d’offrande pour celui que nous aimons et que ce soit aussi un moment qui nous rappelle les valeurs de foi, d’amour, de sagesse et de pardon.
Amen.
La rédaction